L’édito d’octobre 2026
La probité, une exigence pour la recherche publique
Une circulaire du 18 août 2026, à quelques mois du dixième anniversaire de la loi Sapin 2 du 9 décembre 2016, marque une mobilisation renouvelée de l’État contre les atteintes à la probité dans ses administrations et ses établissements publics.
La probité est cette vertu qui conduit à observer scrupuleusement les devoirs imposés par l’honnêteté et la justice. C’est aussi le comportement qui en découle, explicitement mentionné dans le code général de la fonction publique (et avant cela dans le Statut général des fonctionnaires) comme un devoir professionnel des agents publics : « L’agent public exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité » (art. L121-1 CGFP). La probité, dans ce contexte, s’applique le plus couramment au respect des règles légales et morales en matière d’avantages matériels indus qui seraient tirés de l’exercice de ses fonctions.
Toutes les situations visées par la circulaire – celles relatives à la lutte contre la criminalité organisée, notamment – ne concernent pas directement l’Inserm. Mais le message, en revanche, concerne pleinement le service public de la recherche : la probité doit être plus que jamais protégée. Par la prévention, par la détection des manquements et, le cas échéant, par une réponse effective – disciplinaire ou judiciaire – lorsque de tels manquements sont établis.
La circulaire appelle ainsi à mieux identifier les risques propres à chaque activité et à former l’ensemble des personnels, y compris contractuels, à la prévention des conflits d’intérêts et à la vigilance quant à l’usage des ressources publiques, à la régularité des achats mais aussi à la protection des données et des informations sensibles. Elle insiste également sur la connaissance des voies de signalement (référents déontologue et lanceur d’alerte) et des garanties accordées à celles et ceux qui les utilisent (confidentialité des échanges, protection de l’anonymat des lanceurs d’alerte).
À l’Inserm, les agents disposent d’un interlocuteur : le collège de déontologie, qui exerce les missions de référent déontologue et de référent lanceur d’alerte. Il peut être consulté pour obtenir un conseil face à une question déontologique et recevoir les signalements relevant du dispositif d’alerte. Sous le sceau du secret professionnel le plus absolu.
La circulaire affirme aussi une ligne plus ferme sur le terrain disciplinaire. Lorsque des faits matériellement établis sont susceptibles de constituer une faute, l’engagement de poursuites doit être systématiquement envisagé par l’employeur, indépendamment de l’existence ou de l’issue d’une procédure pénale. Un manquement à la probité ne saurait être laissé sans examen. Aucune sanction automatique pour autant : chaque situation doit être examinée individuellement, et la réponse doit être proportionnée à la gravité des faits.
La circulaire rappelle enfin l’obligation prévue à l’article 40 du code de procédure pénale : tout fonctionnaire qui apprend, dans l’exercice de ses fonctions, l’existence d’un crime ou d’un délit doit en aviser sans délai le procureur de la République (Il restera toujours prudent de consulter le collège de déontologie ou la direction juridique avant d’engager une telle démarche, afin de vérifier notamment que les faits signalés sont qualifiables pénalement.).
On comprend, au fond, que la circulaire prend acte qu’une culture de la probité repose, autant que sur des textes, sur une connaissance par chacun et chacune de ses obligations, sur l’existence de dispositifs aisément accessibles de conseil et de signalement, — et sur la certitude que l’institution donnera suite.
Cette impulsion nouvelle est bienvenue. Elle ne peut que contribuer à renforcer la confiance accordée à la recherche publique. Et à celles et ceux qui la servent.
Philippe AMIEL
Président du collège de déontologie de l’Inserm
Collège de déontologie : deontologue@inserm.fr / philippe.amiel@inserm.fr +33 (0)7 64 79 66 01
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Le prochain RDV LORIER
Mardi 17 novembre 2026 | 11:00 – 12:00
AnimalPharm : d’une enquête sur des pratiques à un guide de bonnes pratiques
Anne Druilhe
Anne Druilhe est chargée de recherche Inserm. Après plusieurs années « à la paillasse » dans le domaine de la physiopathologie et de l’immunité mucosale, elle a structuré dès 2016 puis pris la direction d’une plateforme technologique comprenant une animalerie (BISCEm, US 042 Inserm UAR 2015 CNRS). En 2022, elle a repris une activité de recherche au sein du laboratoire Pharmacologie et Transplantation, UMR Inserm 1248, Université de Limoges, CHU de Limoges, tout en poursuivant ses missions d’accompagnement de la recherche auprès des utilisateurs d’animaux : évaluation éthique, formations réglementaires, et mise à jour des connaissances et compétences dans la conception de projets scientifiques utilisant des animaux.
À l’occasion de son webinaire, Anne nous parlera du projet AnimalPharm, un travail collaboratif initié et suivi par les pôles Infrastructures et Formation de l’Inserm qui, partant des résultats d’une enquête, a conduit à la rédaction d’un guide de bonnes pratiques pour l’administration de substances aux animaux utilisés dans des projets scientifiques. La plupart des projets utilisant des animaux à des fins scientifiques comportent l’administration de substances : médicament, molécule outil (pour induire un modèle ou étudier un mécanisme d’action) ou substance dont on étudie l’effet. L’utilisation de substances sur les animaux soulève de nombreuses questions chez les concepteurs de projets : quelle dose utiliser ? quelle voie d’administration privilégier ? faut-il administrer la substance une fois ou répéter l’administration ? comment vérifier l’innocuité d’un produit ? quel devenir pour les reliquats d’eau de boisson ou de nourriture contenant ces substances ? que faire en cas d’observation d’effets inattendus ?… Autant de questions dont les réponses ne sont pas toujours évidentes à trouver et qui méritent d’être partagées dans le cadre d’une science ouverte et éthique. Comme Anne le présentera, c’est ce que proposera le guide de bonnes pratiques AnimalPharm.
Vous pouvez dès à présent soumettre vos questions à Anne en les envoyant à lorier@inserm.fr
Le webinaire est ouvert à tous en vous inscrivant via le lien
Ou en scannant le QR Code :
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Quoi de neuf ?
De nouvelles pistes pour améliorer la qualité des reviews d’article par les pairs
Les auteurs d’un article récent ont expérimenté un processus d’évaluation d’articles utilisant des indicateurs standardisés et distinguant deux dimensions, la rigueur scientifique et l’impact scientifique potentiel. Un outil de commentaires intégrés permettait de faciliter la transmission de retours constructifs et contextualisés entre auteurs et relecteurs. Dix-huit articles ont ainsi bénéficié d’au moins 2 évaluations « qualité » et de 5 évaluations « impact » par un total de 164 relecteurs. La très large majorité des participants ont estimé que les principes mis en œuvre – indicateurs standardisés, annotations en ligne, esprit critique constructif, analyses distinctes de la qualité et de l’impact – amélioraient la transparence et la pertinence de l’évaluation. Ce travail s’inscrit dans une réflexion plus globale d’amélioration de l’évaluation par les pairs des publications, dont le modèle « Publish-Review-Curate » est un des exemples.
Catherine Coirault
Le biais de positivité dégrade l’intégrité des connaissances scientifiques
Dans un article récent, Lemos et ses collègues reviennent en détail sur les effets du biais de positivité en recherche. Depuis de nombreuses années, ce biais massif dégrade la rigueur de beaucoup de travaux et la représentativité de leurs résultats. Ce qui, par ricochet, déforme le stock de connaissances avec lequel les outils d’IA sont entrainés. L’article décrit clairement les mécanismes qui créent cette dérive. Il sera suivi d’un article discutant des méthodes de lutte à mettre en place : à surveiller !
Ghislaine Filliatreau
La fiabilité de la science, un impératif croissant pour les institutions internationales
Un éditorial récent de Nature décrit comment la Banque Mondiale –comme d’autres institutions internationales dont les décisions ont des conséquences directes et indirectes considérables – a développé, via des « packs de reproductibilité » – une politique d’ouverture des données primaires et des traitements sur lesquels elle s’appuie pour définir ses actions. L’éditorial souligne que l’exigence de fiabilité des résultats scientifiques qui fondent les actions politiques devient de plus en plus sensible au niveau international.
Ghislaine Filliatreau
Qu’est-ce qu’être un bon professionnel en recherche ?
Les académies américaines viennent de publier la 4eme édition de leur ouvrage de référence « On being a scientist. A Guide to the Responsible and Ethical Conduct of Research. »
Le guide est destiné d’une part à aider les jeunes scientifiques à comprendre les règles professionnelles de la recherche, et d’autre part à rappeler à l’ensemble de la communauté scientifique ce que doivent être des pratiques de recherche responsables. Cette quatrième édition aborde des enjeux d’actualité, comme le rappel des normes concrètes à appliquer en matière de collaboration ou pour maintenir la confiance dans la sécurité de la recherche. Elle revient également sur la démarche générale qui doit guider en permanence une conduite responsable de la recherche.
Ghislaine Filliatreau